Al-Kashf
C’est le but recherché par le mourid. Il entreprend la Khalwah et obéit à la volonté de son Cheikh précisément pour faire partie des gens du Kashf, ceux qui sont privilégiés par la manifestation divine. Le sens littéral du mot Kashf est « dévoilement », mais dans la terminologie soufie, cela signifie exposer le cœur à des illuminations métaphysiques ou « des révélations » non atteignables par la raison. Il y a, selon les Soufies, un Kashf appelé « At-Tajalli » ou manifestation divine : c’est l’apparition d’Allah à l’homme.
Il y a deux points concernant les interprétations soufies du Kashf et Tajalli :
- premièrement, concevoir la métaphysique par le Kashf est impossible, et les soufis affirment le contraire, s’opposant à la vérité. En effet, toute chose existante ne peut être conçue qu’avec la possession de la raison. Si l’homme perd sa raison, il perd son habilité à concevoir tout aspect de la vérité, et dérive vers des hallucinations et des non-sens terribles.
- deuxièmement, toute affirmation que l’essence divine peut apparaître est un mensonge flagrant. Le Prophète et Messager d’Allah, Moussa -Bénédiction d'Allah sur lui- qu’Allah a favorisé par le privilège de lui avoir parlé directement, n’a pas pu voir Allah suite à sa requête, comme l’indique le verset :
-traduction relative et approchée-
« Et alors Moussa vint à Notre rendez vous et que son Seigneur lui eut parlé, il dit : « Ô mon Seigneur, montre Toi à moi pour que je Te vois ». Il dit : « Tu ne Me verras pas ; mais regarde le mont : s’il tient en place, alors tu Me verras ». Mais lorsque son Seigneur Se manifesta au mont, Il le pulvérisa, et Moussa s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se fut remis, il dit : « Gloire à Toi ! C’est vers Toi que je me repens, et je suis le premier des croyants. »
(Sourate 7 verset 143)
C’est une croyance essentielle, tenue par l’unanimité du monde sunnite, qu’il est impossible à toute créature d’être témoin de la manifestation divine dans ce monde, comme le confirme les paroles d’Allah :
-traduction relative et approchée-
« Les regards ne peuvent l’atteindre, cependant qu’Il saisit tous les regards. Et Il est le Doux, le Parfaitement Connaisseur. »
(Sourate 6 verset 103)
Le Prophète -Prières et bénédiction d'Allah sur lui- a indiqué l’impossibilité de voir Allah lorsqu’il a été interrogé par ses Compagnons à propos de la vision d’Allah. Il -Prières et bénédiction d'Allah sur lui- a répondu en objectant :
« Il y avait une lumière, comment pouvais je Le voir ? »
(Mouslim)
Cette impossibilité est aussi indiquée dans le hadith suivant :
Abou Moussa Al-Ach’ari -qu’Allah l’agrée- rapporte :
« Le messager d’Allah -Prières et bénédiction d'Allah sur lui- nous a parlé de cinq choses. Il a dit : « Vraiment, Allah, l’Exalté et le Puissant, ne dort pas, Il ne lui sied pas de dormir. Il élève qui Il veut et Il rabaisse qui Il veut, les actions (de Ses esclaves) de la nuit sont élevées vers Lui avant les actions commises le jour (suivant), et les actions du jour sont élevées vers Lui avant les actions de la nuit suivante. Son voile est de lumière. » Dans le hadith rapporté par Abou Bakr -qu’Allah l’agrée-, le voile d’Allah « est de feu. S’Il l’enlevait, Sa Splendeur et Sa Majesté brûleraient toute Sa création. »
(Mouslim, Ibnou Madjah et Ahmed)
Le leader Soufi nommé Mansour Al-Halladj est allé tellement loin dans la mécréance en affirmant qu’il était Allah lui même. Il a été crucifié pour cette affirmation blasphématoire et pour sa défiance de la Chari’a à Bagdad en 309 H. Il a dit :
« Je suis celui que j’aime, celui que j’aime est moi, nous sommes deux âmes co-habitants un corps. Si vous me voyez vous le voyez, et si vous le voyez, vous me voyez. »
(Fatemi, CIT op)
Abdoul-Karim Al-Djili, le disciple le plus proche de Ibn ’Arabi, est allé à un degré encore plus éloigné que son maître en affirmant qu’il a reçu l’ordre d’Allah de transmettre son livre « L’homme parfait », dont le thème est le panthéisme. Il affirme que l’homme parfait peut représenter tous les attributs divins, bien qu’Allah soit loin des qualités des hommes. Al-Djili essaye de prouver que rien en dehors de l’essence divine n’existe dans l’univers, et que les autres choses, hommes, animaux, et non-vivants, sont des manifestations d’Allah, Le Tout Puissant. Il affirme dans son livre que le Prophète Mouhammad -Prières et bénédiction d'Allah sur lui- est l’homme parfait, ainsi que la divinité parfaite. De ces théories blasphématoires, Al-Djili se déclare lui même Allah et s’exclama :
« A moi appartient la souveraineté dans les deux mondes. »
(R. A. Nicholson)
Cette affirmation est suffisante pour condamner toute personne qui la prononce comme mécréante évidente. A chaque fois que ces hérétiques sont mentionnés, les Soufis invoquent la miséricorde d’Allah sur eux, inconscient du fait que la tolérance du Koufr est un acte de Koufr et que celui qui invoque la miséricorde d’Allah sur un mécréant commet un grand pêché.